Chutes : l'étude ultime analysée
Une étude de 2021 compile 192 travaux scientifiques et délivre des informations stratégiques pour les innovateurs.
Ls chutes sont un fléau qui provoque chaque année la mort prématurée de 10 000 personnes âgées. C’est trois fois plus que les accidents de la route.
Une récente publication scientifique reposant sur la compilation de 192 études qui concernent un cumul de 100 000 personnes âgées apporte des éclairages sur le meilleur moyen pour se prémunir contre ce fléau.
Interview du Dr Imad Sfeir
Nous avons interviewé le Dr Imad Sfeir, Gériatre, dans le cadre d’un projet de guide pratique pour les aidants publié en mars 2021.
Alexandre Faure : Y a-t-il un âge de la première chute ?
Dr Imad Sfeir : Il n’y a pas un âge, parce qu’on peut chuter à n’importe quel âge, mais à partir de 65 ans, on est beaucoup plus exposé aux chutes. Statistiquement, à partir de 65 ans, il y a 30 % de risque de chuter au moins une fois par an à domicile et 70 % de risque de chuter au moins une fois par an en institution. Des chiffres attestent que les personnes âgées sont exposées au risque de chute plus que les autres. Et plus on avance dans l’âge, plus ce risque augmente.
Alexandre Faure : Quel est le risque principal avec la première chute ?
Dr Imad Sfeir : Le risque majeur des chutes, ce sont les fractures. Au niveau du poignet, mais surtout la fracture du col du fémur au niveau de la hanche. Et puis, chez les personnes très âgées, aux alentours de 85 ans, il y a ce qu’on appelle le syndrome de désadaptation psychomoteur qui est la peur ou l’impossibilité de remarcher après une chute, par blocage psychologique et peur de rechuter. C’est une urgence de prise en charge, parce que si on ne le fait pas tout de suite, les gens vont se grabatiser et ne pourront plus jamais marcher.
Alexandre Faure : Et ça, est-ce que ça se détecte facilement ?
Dr Imad Sfeir : C’est clinique. Les personnes qui présentent ce syndrome sont plutôt terrorisées à l’idée de remarcher. Elles ont du mal à se mettre debout. Elles s’accrochent à tout le monde comme si elles étaient dans le vide avec cette peur de se mettre debout. En position qu’on appelle rétroflexion : si on les met dans un fauteuil, elles ont tendance à se mettre en arrière, à s’enfoncer dans le fauteuil. Plutôt que d’être en position droite, elles sont en arrière et incapables de s’asseoir correctement, voire se lever. Et quand on va essayer de les relever, elles vont s’accrocher aux soignants, voire les ramener vers elles tellement elles craignent de remarcher ou même de se mettre debout.
Alexandre Faure : Et si on est confronté à une telle phobie, comment la traite-t-on ?
Dr Imad Sfeir : Il faut que ce soit pris en charge par un kinésithérapeute pour travailler sur les aspects phobiques, mais surtout aussi pour remettre les personnes en position debout, quitte à être à deux, voire trois personnes. Et très progressivement, les amener à remarcher. Ça prend du temps et ce sont des interventions au minimum une fois par jour, voire deux fois par jour pour les aider à remarcher. En tout cas, bien sûr en éliminant la fracture, il faut le faire tout de suite après, sinon c’est trop tard, les gens ne marcheront plus.
Qu’est-ce qui tue dans la chute ?
C’est rarement la chute qui tue, mais plutôt la station prolongée au sol, qui dégrade les fonctions vitales et peut entraîner la mort, notamment par hypothermie ou par déshydratation. Ou bien, la personne âgée hospitalisée après une chute décède à l’hôpital des suites de cette chute trop tardivement prise en charge.
Le problème n’est donc pas seulement le fait de tomber, mais aussi celui de ne pas pouvoir se relever. Des techniques existent. Enseignées par les kinésithérapeutes, elles permettent d’éviter certaines situations critiques, si la personne parvient à se remettre debout seule.
Mais l’équipement le plus emblématique de la prévention des chutes mortelles, c’est la téléassistance.
C’est pour éviter à une personne de rester au sol sans pouvoir se relever qu’on l’a inventée il y a environ cinquante ans. Ce dispositif sert à alerter un service d’assistance professionnel qui va apporter son soutien à la personne âgée et alerter les secours en cas de nécessité.
Souvent identifié par son device, le pendentif avec le bouton rouge, la téléassistance, c’est d’abord un service humain hautement qualifié qui va aider les personnes isolées à rester en bonne santé.
Et ce n’est pas anodin si les deux réalisations que je viens de vous présenter nous ont été commandées par deux acteurs majeurs de la téléassistance !
Mais toutes ces démarches curatives ne doivent pas nous faire perdre de vue que la meilleure des défenses, c’est encore la prévention. Comme l’atteste cette méga-étude dont la publication a motivé la rédaction de mon édito du jour.
Levons sans plus attendre le voile sur ces révélations fracassantes.
L’étude la plus complète à date
Le meilleur moyen de réduire le risque de chute chez un adulte autonome âgé de plus de de 65 ans, c’est une vie active et la pratique d’exercices physique.
Pourquoi les étudier les stratégies de prévention des chutes
Les chutes sont un si gros problème pour les personnes âgées que de nombreux chercheurs ont étudié des moyens de les prévenir. Afin d'avoir une vue d'ensemble de ce qui fonctionne le mieux pour prévenir les chutes, les chercheurs de cette étude ont effectué ce qu'on appelle une revue systématique et une méta-analyse. Cela signifie que les chercheurs ont examiné les résultats de plusieurs études à la fois.
La plupart des études qu'ils ont examinées ont évalué des programmes qui utilisaient plus d'une stratégie en même temps pour prévenir les chutes. Les chercheurs affirment que cette étude est la première à examiner l'efficacité des stratégies individuelles de prévention des chutes lorsqu'elles sont examinées séparément plutôt qu'ensemble. Comprendre et comparer les effets de chaque stratégie peut permettre aux professionnels de la santé d'offrir plus facilement une aide personnalisée aux personnes âgées.
Des études antérieures n'ont pas non plus inclus les personnes de plus de 75 ans et les personnes âgées souffrant de plusieurs maladies chroniques. Étant donné que les personnes de ces groupes présentent un risque de chute particulièrement élevé, il est important d'en savoir plus sur les méthodes de prévention des chutes les plus efficaces pour elles.
Ce que les chercheurs ont appris
Les chercheurs ont examiné 192 études portant sur près de 100 000 personnes âgées vivant de manière indépendante. Parmi ces études, 128 incluaient des adultes âgés de 75 à 84 ans. Onze des études comprenaient des personnes de 85 ans ou plus. Les études ont comparé les effets de 63 stratégies de prévention des chutes (certaines stratégies individuelles et certaines combinaisons de stratégies) aux effets des soins que les participants recevaient habituellement.
Les chercheurs ont découvert que l'exercice est la stratégie individuelle la plus efficace pour réduire le taux de chutes et le nombre de chutes chez les adultes de 65 ans et plus qui vivent de façon autonome. Il semble être particulièrement efficace chez les adultes de 75 ans et plus. Les stratégies qui fonctionnent en combinaison comprennent l'exercice, l'évaluation des risques de chute, l'utilisation d'appareils fonctionnels et l'apport de modifications à votre domicile qui le rendent plus sûr.
Les résultats de l'étude suggèrent également que les personnes âgées qui font de l'exercice et qui ont subi des évaluations du risque de chute peuvent être moins susceptibles de se briser les os en cas de chute.
🔍 L’essentiel en 60 secondes
À partir de quel âge le risque de chute devient-il critique ? Dès 65 ans, le risque de chuter au moins une fois par an est de 30 % à domicile et grimpe à 70 % en institution. Ce risque augmente avec l’âge et se double, autour de 85 ans, d’un danger spécifique : le syndrome de désadaptation psychomoteur — un blocage psychologique qui, sans prise en charge immédiate, peut rendre la personne définitivement grabataire.
Qu’est-ce qui tue réellement dans une chute ? Rarement la chute elle-même. C’est la station prolongée au sol qui dégrade les fonctions vitales — hypothermie, déshydratation — et peut entraîner le décès. L’enjeu n’est donc pas seulement d’empêcher la chute, mais de garantir un relevé rapide. C’est la raison d’être de la téléassistance, inventée il y a 50 ans précisément pour éviter qu’une personne ne reste au sol sans secours.
Quelle est la stratégie de prévention la plus efficace selon la science ? Une méta-analyse portant sur 192 études et près de 100 000 personnes âgées autonomes conclut que l’exercice physique est la stratégie individuelle la plus efficace pour réduire le taux de chutes — particulièrement chez les plus de 75 ans. En combinaison, les meilleurs résultats associent exercice, évaluation des risques, appareils fonctionnels et adaptation du domicile. Ce cocktail réduit aussi le risque de fracture en cas de chute.



