Longévité

Longévité

Vous détestez les vendeurs de leads. Vous ne pouvez plus vous en passer

La masse critique et le mindset commercial décident qui doit vendre en direct. Le médico-social, dans sa grande majorité, n'a jamais développé ce réflexe — et le paie chaque jour un peu plus cher.

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Alexandre Faure
août 05, 2026
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La masse critique et le mindset commercial décident qui doit vendre en direct. Le médico-social, dans sa grande majorité, n’a jamais développé ce réflexe — et le paie chaque jour un peu plus cher.

Demandez à n’importe quel directeur d’établissement ou de service à domicile ce qu’il pense des plateformes qui lui vendent des contacts. La réponse arrive vite, et elle est toujours la même : trop chère, mal qualifiée, une taxe imposée par des acteurs qui se sont installés entre lui et son client sans qu’on sache bien comment.

C’est un cri.

J’ai accompagné un groupe d’EHPAD sur sa stratégie d’acquisition. La vente de leads y représente 35 à 40 % des entrées. Pas un canal d’appoint. Un pilier. Et ce groupe, comme beaucoup d’autres, déteste cette dépendance sans avoir la moindre alternative interne crédible.

Ce texte ne va pas vous dire que les vendeurs de leads sont des saints. Il va vous dire pourquoi vous en avez besoin, pourquoi ce besoin n’a rien de honteux, et pourquoi le vrai sujet n’est pas de sortir de la dépendance mais de choisir le bon relais.

Le mauvais procès

La qualification, un faux procès

Vous reprochez aux vendeurs de leads la qualification de leurs listes : un contact brut, une demande captée sur un formulaire, jamais vérifiée au téléphone.

Le reproche est réel. La question qu’on ne se pose presque jamais, c’est pourquoi. Le vendeur a-t-il fait le minimum syndical, ou avez-vous payé le tarif du minimum syndical ?

Un intermédiaire vit du volume brut, puis qualifie à la profondeur que vous êtes prêt à payer. Zenior investit dans la qualification en amont : filtres à facettes sur le budget, le GIR, l’unité Alzheimer, prix affiché sans formulaire. Cap Retraite fait l’inverse, verrouille le tarif derrière un formulaire mais associe chaque fiche à une conseillère nommée.

Deux stratégies, un même principe : chaque degré de qualification a un coût, répercuté dans la commission. La vraie question n’est jamais la légitimité du vendeur, c’est un ratio coût-bénéfice entre le temps de requalification interne et le prix payé pour l’avoir déjà faite.

Le mot qui manque

Il y a un mot plus juste que « vendeur de leads » : courtier. Les compagnies d’assurances vivent du courtage depuis un siècle, la gestion de patrimoine aussi, et personne n’y voit une taxe imposée au client. Le médico-social a un problème avec le mot vendeur, pas avec la fonction, dont il dépend chaque jour davantage.

Skarlett l’a compris avant vous. Fondé par les créateurs d’Ornikar, Homeloop et Operandi, ce courtier a recruté une équipe dédiée, sourcé les meilleures compagnies, formé ses conseillers à une vente sur mesure pour un public senior. Et il achète quand même des leads, un canal parmi d’autres, à côté des conférences et de la newsletter. La fonction ne disparaît jamais. Seuls les canaux se multiplient, chez ceux qui prennent la vente au sérieux.

Ce que révèle votre site web

Le réflexe qui n’a jamais eu besoin d’exister

Comparez deux images. Un conseiller Skarlett qui décroche un client parce que « le mec est en bas de chez eux et il est super sympa », même face à un concurrent moins cher : deux tiers des appels se transforment en souscription. Et le site d’un groupe Ehpad quelque part en France : un formulaire générique, une page « Nos valeurs », aucune trace de ce que le client va réellement vivre.

Le premier vend. Le second achète des leads pour compenser. Pendant des décennies, la demande a dépassé l’offre dans le médico-social : liste d’attente, place rare, position de force du côté de qui accueille. Personne n’a eu besoin d’aller chercher le client, alors personne n’a appris à le faire. Le rapport de force s’est retourné plus vite que la culture n’a pu suivre — ce qui rend la dépendance aux intermédiaires rationnelle, pas seulement subie.

Tapez « Ehpad Korian Rouen » dans un moteur de recherche. Ce qui remonte en premier n’est pas Korian, mais Cap Retraite, Zenior et logement-seniors.com, aux côtés de la page Korian et de celle d’Emeis. Un établissement indépendant, comme la Résidence La Harpe à Évreux, peut même s’y glisser.

Les comparateurs ratissent large, chaque ville et chaque groupe nourrissant le même flux, quand la page d’un établissement reste cantonnée à son seul nom. Un acteur local n’atteindra jamais le volume qui rend un investissement SEO rentable — et il n’en a pas besoin, puisque son bassin de patients est, par nature, local et fini. C’est une histoire de masse critique, pas de mérite commercial.

Il y a aussi une aversion plus ancienne à la vente elle-même. Le monde associatif a détenu un quasi-monopole sur l’offre médico-sociale jusqu’en 2002 pour les Ehpad, 2005 pour les services à la personne. La demande venait à lui, portée par la pénurie, sans qu’il ait besoin de convaincre personne. Chez une partie des financeurs et des parties prenantes institutionnelles, vendre reste associé au profit, donc suspect.

Un climat que vous avez vu resurgir tel quel lors de la crise autour du livre Les Fossoyeurs, lorsque la rengaine « on ne peut pas faire d’argent sur le dos des vieux » est devenu un élément de langage pour expliquer et condamner tout le secteur commercial en considérant Orpéa comme son mètre étalon.

Développer une force commerciale, dans ce climat, ressemble à un aveu.

Le problème dépasse l’hébergement

Le même mécanisme joue pour un distributeur de matériel médical, un éditeur de logiciels pour SAD, un service de téléassistance. Un marché trop fragmenté pour qu’un seul acteur atteigne la taille qui justifie une équipe commerciale interne. Une chaîne de parties prenantes — senior, aidant, institution, financeur, employeur — où identifier qui décide et qui paie n’a rien d’évident. Ce qui change, c’est le bon relais à choisir, et il se lit sur trois critères.

Trois critères pour choisir le bon relais

Le premier est sectoriel. Un distributeur de hardware, un éditeur SaaS et un habitat inclusif de quatorze colocataires n’ont pas le même marché adressable, ni la même vitesse pour l’atteindre — Zenior l’illustre à sa façon, hésitant encore entre commission classique, SaaS aux Ehpad et service premium aux familles, trois marchés adressables pour un seul produit.

Le second est géographique. Un acteur national et un habitat inclusif local ne captent pas le même volume de recherches, on l’a vu avec « Ehpad Korian Rouen » : le second n’a d’ailleurs pas vocation à investir à l’échelle du premier, son marché est fini par nature.

Le troisième c’est la connaissance client. En assurances, le courtier n’est plus un canal d’acquisition. Il est devenu le seul point de contact du client : l’assureur, le porteur du risque, ne lui parle presque plus. Skarlett en est la démonstration : sa cible est un profil précis, 65-75 ans, urbain, CSP+, à l’aise avec le numérique mais freiné par la signature électronique, sensible au service plutôt qu’au prix. Cette connaissance-là ne s’achète pas dans un flux de leads. Elle se construit, et celui qui la construit prend l’ascendant sur celui qui fabrique le produit.

Cette logique s’applique-t-elle à vous ?

Les métiers du lien — médico-social, aide à domicile, care management, téléassistance, auxiliaires médicaux, animation — vendent une relation humaine, pas une police d’assurance qu’on ne relit qu’au sinistre.

Si la connaissance du client fait la valeur de votre service, la déléguer à un intermédiaire ne revient pas seulement à sous-traiter une fonction commerciale. Ça revient peut-être à céder la matière première de votre métier.

Cette question ne se tranche pas dans un sens ou dans l’autre — c’est un arbitrage de plus, à ajouter aux trois premiers.

La suite, c’est le cas My Jugaad : comment un besoin réel, plusieurs fois identifié par des acteurs indépendants les uns des autres, n’a jamais réussi à devenir un marché — et pourquoi c’est exactement ce que sait faire un bon intermédiaire. Réservé aux abonnés premium.

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