Demain, vous ferez de la prévention sans même y penser (et voici comment)
Pourquoi vos efforts individuels de prévention sont (presque) inutiles tant que vous ne pensez pas collectif
Bienvenue dans Longévité, la newsletter qui décrypte la Silver économie. Dans ce numéro, je vous présente une approche novatrice du parcours de prévention. Un parcours qui ne demande pas d’effort puisqu’il est intégré à vos routines. Tellement intégré que vous n’en avez pas conscience.
Tels des Monsieur Jourdain de la prévention, vous ne faites sans même savoir que vous en faites.
Je vous explique en quoi consiste ce parcours. Je vous aide à en percevoir l’intérêt en m’appuyant sur de nombreux exemples. Mais plus encore, je vous invite dans mon mode de pensée. J’ai commencé par schématiser le concept avec un logigramme, qui a posé les jalons d’un parcours, d’une progression.
En partant de cette progression, j’ai réalisé à quel point elle semblait naturelle et pourquoi je ne l’avais pas vue avant. Et ce questionnement m’a fait comprendre qu’elle est dissimulée derrière un brouillard cognitif.
Le brouillard cognitif
Selon moi, c’est parce que nous avons du mal à nous sortir du schéma de la santé quand nous pensons prévention. Le brouillard cognitif masque les actions préventives qui ne relèvent pas strictement du domaine sanitaire.
Dans la Silver économie, nous souffrons de ce biais à cause d’une lecture sanitaire de la perte d’autonomie.
Quand nous pensons dépendance, nous pensons GIR.
Quand nous pensons GIR, nous pensons maladie.
Quand nous pensons maladie, nous pensons médecine curative.
Et donc, quand nous pensons prévention de la dépendance, nous pensons médecine curative aussi. Alors que la dépendance et la perte d’autonomie ne sont pas uniquement imputables à la maladie.
Lister les causes de la dépendance
Je me suis amusé à lister toutes les situations de dépendance, afin d’identifier celles pour lesquelles une approche préventive pourrait éviter cette dépendance.
J’en présente un extrait ci-dessous et je vous invite à consulter le tableau dynamique et détaillé (accès avec le bouton orange).
Vous pouvez constater la variété des situations et des faits générateurs de la dépendance.
Cette grille de lecture permet de mieux comprendre et traiter les problèmes de dépendance chez les personnes âgées ou vulnérables.
En partant de cette approche, vous pouvez considérer comme préventives toute action ou comportement qui aurait pour objet ou pour effet de prévenir (et donc d’éviter) la dépendance.
Une fois ce concept compris, nous pouvons nous intéresser au parcours préventif et à ses différentes applications, dont certaines concernent la santé et d’autres… D’autres situations.
Le parcours préventif
L'évolution organisationnelle et sociétale que j'appelle "parcours préventif" transforme une pratique individuelle en une pratique largement adoptée.
La prévention commence au niveau individuel, quand des citoyens comprennent qu’ils aiment mieux prévenir que guérir.
L’usage évoluant, il attire l’attention de collectifs qui l’adoptent et le développent en programmes de plus grande envergure. Ou d’entreprises qui développent une gamme d’offres de produits et services autour de cet usage, contribuant à sa popularisation.
Tant et si bien que l’usage devient la norme. Les citoyens considèrent cette obligation légale comme indissociable de leur existence quotidienne.
Je vous ai représenté ces étapes dans un schéma
Comment lire ce schéma
Vous le parcourez de gauche à droite.
En bleu, l’usage individuel : c’est le niveau 1 de la prévention, quand des citoyens décident de prévenir au lieu de guérir. Les 3 patates en bas listent l’impact sociétal de cette action individuelle, si elle fait tache d’huile.
Les précurseurs de l’usage préventif passent de marginaux à influenceurs, inspirant progressivement des collectifs entiers.
C’est l’étape jaune qui se développe et accélère l’adoption des usages individuels. Les collectifs développent quelque chose de plus grand, et font ainsi grossir la vague.
Si la hype se poursuit, parfois accompagnée par des opérations de lobbying et d’influence, ce qui a commencé comme une mode peut évoluer jusqu’à devenir une norme (en vert).
Exemples de passage d’une pratique individuelle vers une appropriation collective
Le running : de la course solitaire au phénomène social 🏃♂️
Les origines : le coureur solitaire
Vous vous souvenez de l'époque où croiser un joggeur dans la rue faisait tourner les têtes ? C'était il n'y a pas si longtemps ! Dans les années 70-80, le running était une activité solitaire pratiquée par quelques passionnés courant simplement équipés sur les routes. Les coureurs de cette époque étaient souvent perçus comme des originaux, bravant les éléments dans leur quête personnelle de dépassement.
La révolution marketing : quand les marques s'en mêlent
Le grand bouleversement est arrivé avec l'entrée en scène des géants du sportswear. Ces marques ont complètement réinventé l'image du running. Nike, avec son célèbre slogan "Just Do It", a transformé la course à pied en un symbole de dépassement de soi accessible à tous.
Les équipementiers ont créé tout un écosystème autour du running, développant des gammes complètes de vêtements techniques qui allient performance et style. Les vitrines des magasins de sport, transformées en temples de la course à pied, inspirent le coureur potentiel en chacun.
La tech s'invite dans la course
La révolution technologique a donné une nouvelle dimension à la pratique du running. Les montres connectées sont devenues les compagnes indispensables des coureurs, transformant chaque sortie en une mine de données analysables.
La technologie a créé un nouveau rapport à la course : chaque foulée est désormais mesurée, chaque battement de cœur enregistré. Les applications comme Strava ont transformé la solitude du coureur en une expérience sociale virtuelle, où chaque parcours devient une occasion de partager, de comparer et de se motiver mutuellement.
Les réseaux sociaux regorgent de screenshots de performances, créant une émulation collective qui pousse chacun à se dépasser.
La dimension collective explose
Le running est aujourd'hui devenu un véritable phénomène social. Les running crews ont révolutionné la pratique en créant des communautés urbaines dynamiques qui se retrouvent plusieurs fois par semaine. Ces groupes ne sont pas que des clubs de course : ce sont de véritables familles qui partagent bien plus que leur passion pour le running.
Les courses à thème ont transformé ce sport individuel en événements festifs et collectifs.
La Color Run fait courir des millions de personnes qui n'auraient jamais pensé participer à une course traditionnelle.
Les défis caritatifs ajoutent une dimension solidaire à la pratique, donnant un sens supplémentaire à l'effort physique.
Le yoga : de l'ashram au phénomène mainstream 🧘♀️
Une pratique millénaire qui traverse le temps
Le yoga porte en lui plus de 5 000 ans d'histoire et de sagesse indienne. Longtemps considéré comme une pratique spirituelle ésotérique en Occident, il a patiemment tracé son chemin jusqu'à nos sociétés modernes.
Cette pratique ancestrale a su préserver son essence tout en s'adaptant aux besoins contemporains, prouvant ainsi sa remarquable capacité d'évolution.
Le tournant des années 2000
L'explosion du développement personnel a créé un terreau fertile pour le yoga moderne. Les studios ont commencé à fleurir dans tous les quartiers urbains, transformant des espaces industriels en havres de paix aux parquets cirés.
Le "yoga lifestyle" s'est imposé comme un art de vivre complet, dépassant largement le cadre du tapis de yoga. Les marques spécialisées ont transformé des vêtements techniques en objets de mode, portés bien au-delà des cours de yoga.
Le yoga n'est plus une pratique, mais une identité.
La digitalisation accélère le mouvement
La transformation digitale du yoga a connu une accélération fulgurante pendant la période du Covid. Les cours en ligne ont permis à des millions de personnes de découvrir cette pratique depuis leur salon, démocratisant l'accès à des enseignants de renom.
Les applications de méditation et de yoga sont devenues des compagnons quotidiens, proposant des pratiques adaptées à tous les niveaux et tous les emplois du temps. Les yogis influenceurs sur les réseaux sociaux ont inspiré des millions de personnes en partageant leur pratique avec des communautés croissantes.
Un business model qui s'affirme
Le yoga est devenu une industrie du bien-être, tout en préservant ses valeurs fondamentales. Les formations de professeurs se sont professionnalisées, créant des standards internationaux qui garantissent la qualité de l'enseignement. Les festivals de yoga sont devenus des événements incontournables, rassemblant des milliers de pratiquants dans des cadres inspirants.
Les retraites de yoga combinent désormais expertise ancestrale et confort moderne, proposant des expériences transformatrices dans des lieux d'exception. Cette évolution économique a permis au yoga de toucher un public toujours plus large, tout en maintenant la profondeur de ses enseignements.
La clé du succès ? 🔑
Le succès de ces transformations repose sur un équilibre subtil. Ces pratiques ont su préserver leur essence - le bien-être et le développement personnel - tout en s'adaptant aux attentes contemporaines. Les communautés qui se sont créées autour de ces activités ont joué un rôle fondamental, transformant des pratiques solitaires en expériences partagées.
L'innovation continue, qu'elle soit technologique ou sociale, a contribué à maintenir l'intérêt et l'engagement des adeptes.
Le marketing intelligent des marques a su capitaliser sur l'aspiration au mieux-être sans dénaturer ces disciplines. Enfin, l'adaptation aux nouveaux modes de consommation digitaux a rendu ces pratiques accessibles au plus grand nombre.
Cette évolution témoigne d'une transformation profonde de notre rapport au sport et au bien-être : d'une quête personnelle, nous sommes passés à une expérience collective enrichissante.
Sans atteindre encore l’étape normative, les prescriptions sportives et de détente s’en rapprochent progressivement.
Étude d’un passage de la pratique individuelle à la norme sociétale : le lavage de mains 🧼
Des débuts controversés
Qui aurait cru qu'un geste aussi simple que le lavage des mains aurait une histoire si mouvementée ?
Au XIXe siècle, Ignace Semmelweis découvre que le lavage des mains entre patients diminue la mortalité hospitalière. Pourtant, ses pairs le tournent en ridicule.
À l'époque, l'idée que des "mains propres" puissent sauver des vies paraît absurde.
L'émergence d'une conscience hygiéniste
Les mouvements hygiénistes de la fin du XIXe siècle transforment progressivement cette pratique individuelle en norme sociale. Le savon devient un produit de première nécessité, et les premières campagnes de santé publique font leur apparition.
Dans les écoles, on apprend aux enfants à se laver les mains avant de manger.
Le geste individuel devient peu à peu une habitude collective, portée par les avancées de la médecine et la compréhension grandissante du rôle des microbes dans la transmission des maladies.
La pandémie de Covid-19 : le grand tournant
Et puis arrive 2020. Face à un virus inconnu, le lavage des mains devient soudain notre première ligne de défense.
Ce geste quotidien se transforme en rituel salvateur, minuté sur des comptines de 30 secondes.
Les marques de savon et de gel hydroalcoolique explosent leurs ventes. Dans les espaces publics, les stations de lavage des mains se multiplient. Les tutoriels de lavage de mains envahissent les réseaux sociaux, certains devenant même viraux sur TikTok !
Un héritage durable
La pandémie a ancré cette pratique dans nos habitudes collectives. Le lavage des mains n'est pas qu’une question d'hygiène personnelle, mais un acte de responsabilité sociale. Les entreprises ont intégré des protocoles stricts, les écoles ont renforcé leurs règles d'hygiène, et les espaces publics maintiennent leurs stations de désinfection.
Ce qui était autrefois considéré comme une lubie de médecin est devenu l'un des gestes barrières les plus efficaces contre la propagation des maladies.
Analyser la logique de parcours
J’ai donné trois exemples, mais nous pourrions filer l’analyse autour d’autres phénomènes préventifs partis d’une pratique individuelle pour devenir des normes. Pensez à la voiture électrique aux régimes végétariens ou aux panneaux solaires !
Rendez-vous compte de toute l’infrastructure, l’industrie, le lobbying et les usages qui se développent autour de ce qui n’était au départ qu’une pratique préventive.
Au commencement, c’est une lubie de hipster, ensuite ça se généralise et cela mène parfois jusqu’à une normalisation.
Je n’invente rien, c’est toujours la bonne vieille courbe de l’adoption de l’innovation…
Comment diffuser l'innovation dans la Silver économie ?
Analyse de la courbe de l'innovation et de son application dans le développement et le lancement de projets en Silver économie.
Application(s)
Pensez à une pratique préventive que vous considérez comme une lubie de riche et imaginez un monde où elle serait la norme.
Quel chemin faudrait-il parcourir ?
Quels services devraient être développés pour atteindre cet objectif ?
Le programme urbain de Novo Nordisk m’a inspiré par sa logique progressive : de l’individu au collectif puis au design universel.
Et c’est pour cela que le projet de Novo m’intéresse
Partant d’un usage individuel autour de la prévention du diabète, ils ont élaboré un programme global, à l’échelle d’un territoire. L’extension à 40 métropoles et le soutien de plusieurs États peuvent contribuer à l’évolution des normes, des usages collectifs.
80% des pathologies seraient évitables grâce à la prévention.
Une partie du travail doit être accomplie au niveau individuel, mais généraliser des normes plus préventives peut éviter un effort et améliorer le résultat global, c’est-à-dire la santé publique. Et donc, pour ce qui nous concerne, une espérance de vie en bonne santé qui augmente tant pour les personnes âgées que pour leurs aidants.
Envisagez un avenir où la prévention est intégrée naturellement dans votre cadre de vie collective, sans effort conscient.
Si je tire le fil de mes pensées, cela me conduit à des mondes dystopiques du type “Meilleur des Mondes” d’Huxley ou “Minority Report” de Philip K. Dick… Et j’admets qu’il existe un risque.
Cependant, il existe aussi un risque à ne rien faire ou à compter sur la bonne volonté individuelle pour résoudre les problèmes de santé publique.
Donc, entre Charybde et Scylla, nous devons trouver un passage.
Mais gardant cette dérive à l’esprit, j’aimerais continuer à imaginer des projets qui contribuent à adapter la société au vieillissement dans son ensemble.
Pas vous ?







