Longévité

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ChatGPT Health : pourquoi OpenAI ne débarquera pas en Europe avant 2027

OpenAI capitalise sur l'effondrement de l'assurance santé américaine. Triple verrou RGPD-AI Act-MDR : 24 mois d'avantage pour l'Europe.

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Alexandre Faure
janv. 28, 2026
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Bienvenue sur Longévité, la newsletter qui décrypte la Silver économie. Je reviens aujourd’hui sur l’annonce tonitruante de Sam Altman (CEO Open AI) à propos de ChatGPT Health, un produit IA dédié à la santé développé en réponse aux millions de requêtes en lien avec leur santé que font les utilisateurs chaque jour.

40 millions de personnes utilisent quotidiennement l’IA pour des questions médicales, et 25% de l’ensemble des prompts ChatGPT concernent la santé (source).

Cette annonce qui a fait couler autant d’encre qu’elle a soulevé de boucliers mérite une étude à froid. Une étude qui ne dit pas si c’est bien ou mal, mais vous donne les clés de lecture du produit et les opportunités business concomitantes.

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Le timing n’est jamais un hasard

Le 7 janvier 2026, OpenAI lance ChatGPT Health. Une semaine plus tard, le 12 janvier, l’entreprise rachète Torch Health pour 60 à 100 millions de dollars. Entre les deux, le 8 janvier, elle déploie OpenAI for Healthcare dans huit grands hôpitaux américains. Une offensive éclair, minutieusement orchestrée.

Le coup de génie stratégique se situe dans le calendrier.

Une semaine avant le lancement de ChatGPT Health, les subventions élargies de l’Affordable Care Act expirent. Ces aides permettaient à 24 millions d’Américains d’accéder à une couverture santé à tarif réduit. Leur disparition frappe particulièrement les adultes de 50 à 64 ans - cette population “trop jeune pour Medicare, trop âgée pour des primes abordables”.

Aux États‑Unis, près de 5,2 millions d’adultes âgés de 50 à 64 ans sont actuellement couverts par un contrat d’assurance santé acheté sur les marketplaces de l’Affordable Care Act, avec le soutien des crédits d’impôt renforcés introduits pendant la pandémie. Si ces aides temporaires venaient à expirer fin 2025, 92% de ces assurés de 50‑64 ans verraient leurs coûts augmenter dès 2026.

Les projections indiquent que les primes restant à la charge des assurés augmenteraient en moyenne de plus de 75%, et jusqu’à 90% dans certains comtés ruraux, du fait à la fois de la réduction des subventions et de la hausse anticipée des coûts médicaux. Les dossiers déposés par plus de 300 assureurs sur les marketplaces font état, pour 2026, d’une augmentation médiane d’environ 18% des primes brutes, avec la plupart des hausses comprises entre 12% et 27%.

Un exemple illustre la brutalité de l’ajustement pour les personnes proches de la retraite : selon les calculs de la Kaiser Family Foundation, une veuve de 59 ans vivant dans le Missouri et gagnant 63 000 dollars par an paierait environ 5 355 dollars de prime annuelle pour un plan Silver en 2026 si le Congrès prolonge les crédits d’impôt renforcés. Sans prolongation, sa prime grimperait à 14 213 dollars, soit près de 23% de son revenu pour une couverture identique.

Les conséquences en termes de couverture seraient considérables : les estimations varient de 2,2 millions à 4,8 millions de personnes supplémentaires non assurées en 2026, selon que l’on se fonde sur les projections du Congressional Budget Office ou d’instituts de recherche indépendants.

Les adultes de 50 à 64 ans, plus exposés aux risques de santé et déjà pénalisés par des primes plus élevées que les plus jeunes, figureraient parmi les premiers touchés.

Dans ce contexte de crise, ChatGPT devient soudainement indispensable. Non pas comme un gadget technologique, mais comme une bouée de sauvetage administrative.

Une adoption déjà massive que personne n’avait anticipée

D’après un rapport publié en janvier 2026, près de trois adultes sur cinq aux États‑Unis déclarent avoir utilisé au cours des trois derniers mois un outil d’IA pour des questions de santé ou de soins, selon une enquête menée par OpenAI. Cette appropriation rapide reste largement sous‑estimée dans le débat européen, alors qu’elle reconfigure déjà la façon dont les patients cherchent de l’information et arbitrent leurs parcours de soins.

Les données d’usage de ChatGPT confirment cette bascule : OpenAI indique que plus de 40 millions de personnes posent chaque jour au chatbot des questions liées à la santé, ce qui représenterait un peu plus de 5% de l’ensemble des messages échangés sur la plateforme.

Chaque semaine, entre 1,5 et 2 millions de messages portent sur l’assurance santé – comparaison de plans, compréhension des garanties, gestion des factures et des réclamations.

À l’échelle mondiale, OpenAI estime qu’un peu plus de 230 millions de personnes chaque semaine sollicitent ChatGPT pour des questions de santé et de bien‑être, qu’il s’agisse de décrypter des symptômes, d’interpréter des résultats d’examens ou de s’orienter dans des systèmes de couverture complexes.

Cette masse de requêtes ne remplace pas la décision clinique, mais elle fait déjà de l’IA générative un interlocuteur de premier plan dans l’expérience de soins, avec des implications majeures en termes de qualité de l’information, de sécurité et de régulation.

OpenAI observe un volume élevé de requêtes de santé en provenance des territoires les plus isolés : les zones qualifiées de « hospital deserts » – situées à plus de 30 minutes de route d’un hôpital général ou pédiatrique – génèrent, à elles seules, plus de 580 000 requêtes hebdomadaires.

L’IA ne remplace ni les médecins ni les infrastructures manquantes, mais elle devient un repère pour aider les habitants de ces régions à interpréter des symptômes, préparer une consultation et surtout naviguer dans un système de soins et d’assurance souvent jugé incompréhensible.

Cette adoption massive s’inscrit dans un climat de défiance record : selon un sondage Gallup publié en décembre 2025, seuls 16% des Américains se déclarent satisfaits du niveau global des coûts de santé dans le pays, un plus bas historique, et à peine un quart jugent acceptable la couverture santé au niveau national.

Du côté des assurés, l’enquête de la Kaiser Family Foundation montre que près de six adultes sur dix ayant une couverture déclarent avoir rencontré au moins un problème avec leur assurance au cours de l’année 2023 – refus de remboursement, difficultés liées au réseau de soins ou incompréhension des garanties –, ce qui alimente la recherche de solutions alternatives comme l’IA générative pour mieux s’orienter dans le système.

CES 2026 : La fin des produits pour vieux, le début du vieillissement invisible

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Alexandre Faure
·
Jan 7
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Le parcours du combattant américain

Pour saisir l’ampleur de l’opportunité, il faut comprendre ce que vivent concrètement les seniors américains. Leur parcours de protection santé se déroule en trois phases marquées par autant de ruptures traumatiques.

Avant 65 ans, un peu plus de la moitié des Américains obtiennent leur couverture santé via un contrat d’assurance sponsorisé par leur employeur, ce qui fait de la perte d’emploi l’un des principaux moteurs de rupture de couverture, même si certains basculent vers la couverture de leur conjoint, Medicaid ou les plans individuels de l’ACA.

La loi COBRA permet de prolonger son assurance d’entreprise jusqu’à 18 mois en payant la totalité de la prime, soit jusqu’à 102% du coût réel du contrat (part employeur comprise), ce qui représente fréquemment entre 1 500 et plus de 2 000 dollars par mois pour une famille.

À 65 ans, la quasi‑totalité des Américains basculent vers Medicare, le programme fédéral d’assurance santé, avec une fenêtre d’inscription initiale de sept mois et une pénalité de 10% sur la prime de Part B pour chaque année complète de retard, généralement appliquée à vie.

Le dispositif se décline en plusieurs volets — Part A pour l’hospitalisation, Part B pour les soins ambulatoires, Part C (Medicare Advantage) comme alternative privée intégrée et Part D pour les médicaments — complétés par des contrats Medigap destinés à absorber franchises et co‑paiements.

Sur vingt années de retraite, un retraité américain peut ainsi consacrer, selon les estimations, plusieurs centaines de milliers de dollars à sa santé (primes Medicare, complémentaires et reste à charge), soit un ordre de grandeur plusieurs fois supérieur aux quelques dizaines de milliers d’euros qu’un retraité français dépensera sur la même période dans un système plus généreux et mieux mutualisé.

Cette complexité administrative explique pourquoi les Américains se tournent massivement vers l’IA : pour comprendre leur couverture, comparer les plans, gérer les réclamations, naviguer dans les réseaux de prestataires. ChatGPT devient le traducteur d’un système volontairement opaque.

Healthspan 🧬

Alexandre Faure
·
October 8, 2023
Healthspan 🧬

La santé basée sur les données va être la plus grande révolution de l'histoire de la médecine, et elle va catalyser une transformation, passant d’une orientation axée sur la maladie à une orientation vers le bien-être et la prévention.

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L’offensive à trois têtes d’OpenAI

Sam Altman n’a pas lancé un produit. Il a orchestré une prise de contrôle de la chaîne de valeur santé.

  • ChatGPT Health cible le grand public. L’application permet de connecter en toute sécurité les dossiers médicaux et applications de bien-être (Apple Health, MyFitnessPal, Peloton, Weight Watchers) pour obtenir des réponses personnalisées. Développé avec plus de 260 médecins issus de 60 pays, le produit répond à une demande massive : 40 millions de personnes utilisent quotidiennement l’IA pour des questions médicales.

  • OpenAI for Healthcare vise les établissements de santé. Cette suite entreprise est déjà déployée dans plus de 8 grands hôpitaux américains. Elle permet la synthèse de dossiers médicaux, la coordination des équipes soignantes, l’automatisation de la documentation clinique.

  • L’acquisition de Torch Health sécurise l’infrastructure. Cette startup développe une “mémoire médicale unifiée pour l’IA”, consolidant les données de santé fragmentées en une plateforme unique. Le montant - entre 60 et 100 millions de dollars - témoigne d’une stratégie claire : contrôler la couche d’infrastructure avant que les régulateurs ne la nationalisent.

Ce que révèle cette offensive : deux modèles, deux philosophies

L’initiative d’OpenAI fonctionne comme un révélateur chimique. Elle expose crûment les forces et faiblesses de deux systèmes de santé radicalement différents.

Le système américain souffre d’une complexité kafkaïenne

Avant 65 ans, la couverture dépend du statut professionnel, créant une vulnérabilité majeure en cas de perte d’emploi. Après 65 ans, Medicare offre une couverture fédéralisée, mais elle reste très coûteuse et extraordinairement complexe. Résultat : 27 millions de non-assurés, beaucoup plus de sous-assurés, et la faillite médicale comme première cause de banqueroute personnelle aux États-Unis.

Cette fragilité crée paradoxalement une opportunité : le système est si dysfonctionnel que toute innovation apportant de la simplification trouve immédiatement son marché. Les barrières réglementaires existent, mais elles sont franchissables. L’absence d’un système universel laisse des espaces vides que le secteur privé peut occuper rapidement.

France : universalité et rigidité

Le système français garantit une continuité universelle de la naissance à la mort, indépendante du statut professionnel. Pas de rupture à 65 ans, pas de changement de système, pas de choix cornélien entre dix plans d’assurance incompréhensibles.

La Sécurité Sociale rembourse environ 70% de la Base de Remboursement, complétée par la mutuelle. La loi 100% Santé garantit depuis 2020 des options entièrement remboursables pour le dentaire, l’optique et l’auditif. Le “tiers payant” évite même l’avance de frais dans de nombreux établissements.

Coût total prévisible : 150-200€/mois tout compris. Aucun risque financier catastrophique lié à la santé. Liberté de choix totale des praticiens. Espérance de vie à 65 ans la plus élevée au monde.

Sauf que cette performance a un prix : la rigidité. L’innovation dans le système de santé français ressemble à une course d’obstacles réglementaires. Entre la CNIL pour les données personnelles, la HAS pour l’évaluation clinique, l’ANS pour la certification technique, l’hébergement HDS obligatoire dans l’EEE, et le marquage CE pour les dispositifs médicaux, le parcours décourage les initiatives les plus audacieuses.

L’Europe : un mur réglementaire de trois étages

ChatGPT Health est indisponible dans l’Espace économique européen, en Suisse et au Royaume-Uni. OpenAI cite les “lois plus strictes en matière de confidentialité numérique” comme raison. Cette exclusion n’est pas un simple retard de déploiement : c’est une décision stratégique face à un triple verrou réglementaire.

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