Longévité

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Démarchage téléphonique : la loi du 30 juin 2025 au crible de la silver économie

Bloctel a disparu le 11 août. Les seniors y gagnent une arme. Le marché, lui, se redistribue au profit de ceux qui ont la relation.

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Alexandre Faure
oct. 21, 2026
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Depuis le 11 août, le téléphone d’un retraité de 78 ans est mieux protégé que sa porte d’entrée.

La loi du 30 juin 2025 contre les fraudes aux aides publiques a mis fin à Bloctel. Sans un accord préalable, nominatif, limité à un an et dont l’entreprise doit apporter la preuve, l’appel commercial est interdit. Dans l’adaptation du logement, cet accord ne suffit même plus. J’ai analysé le texte en détail sur le blog Sweet Home : calendrier, exceptions, preuves, sanctions. Ici, je m’intéresse à ce qu’il déplace.

Commençons par ce qu’il répare.

Des structures médico-sociales me le disent depuis longtemps : elles n’arrivent plus à joindre leurs bénéficiaires. Épuisés par les sollicitations, ceux-ci ne décrochent plus quand le numéro est inconnu. Les téléassisteurs font le même constat. Pour ces personnes, le téléphone est l’un des principaux liens avec leur entourage.

Il était devenu un ennemi.

Sur l’adaptation du logement, aucune donnée ne mesure les dégâts. Les professionnels de l’adaptation que j’interroge décrivent pourtant la même chose : des arnaques et des propositions d’artisans non homologués qui pullulent. En faisant peser la preuve sur l’entreprise, la loi donne aux seniors une arme pour s’en protéger.

Encore faut-il qu’ils sachent qu’elle existe. Je l’ai moi-même découverte dans un article destiné aux agents immobiliers, pas dans la presse consommateurs.

Fermer un canal ne fait pas disparaître le besoin commercial qui le faisait vivre. Il le redistribue. Certains perdent leur principal moyen d’acquisition, d’autres voient leur base de clients ou leurs prescripteurs prendre de la valeur. Et les vendeurs du « reste à charge zéro » cherchent déjà une autre porte.

Le consentement, nouvel actif commercial

La loi vise un geste précis : décrocher pour joindre un inconnu. Les acteurs qui vivent de la demande entrante, du bouche-à-oreille ou d’une relation installée sont à peine concernés.

Ceux qui ont bâti leur acquisition sur l’appel sortant perdent leur moteur.

Pour eux, trois routes se dessinent.

La base clients. Le contrat en cours reste une exception au régime général, y compris pour proposer un service complémentaire. Un téléassisteur, un assureur ou une mutuelle peut toujours appeler ses abonnés. Il ne peut plus appeler les autres. Le portefeuille prend de la valeur, la conquête devient plus chère.

Les partenariats de distribution. Caisses de retraite, mutuelles, CCAS, bailleurs sociaux : ils ont la confiance des seniors et les occasions de leur parler. Ils peuvent faire naître la demande que le vendeur n’a plus le droit de provoquer. L’option revient au goût du jour. Elle échoue pourtant plus souvent qu’elle ne réussit, parce que le partenaire ne voit pas le bénéfice ou ne sait pas le valoriser face à ses propres besoins. J’en ai détaillé les raisons à propos des mutuelles.

L’inbound. Contenus, référencement, audience propre. Ceux qui l’ont construit avant le 11 août partent avec une longueur d’avance, parce que l’ancienneté sur une requête ne s’achète pas en un trimestre de budget publicitaire.

Reste l’intermédiaire le plus exposé : le vendeur de leads. Le consentement doit identifier le professionnel qui appellera. Un formulaire qui autorise « nos partenaires » à vous rappeler devient juridiquement fragile. J’expliquais en juillet pourquoi le secteur ne peut plus se passer de ces intermédiaires. La loi change la fabrication du lead : moins de revente multiple, plus de consentement nominatif. Mon pari : un prix unitaire qui monte.

Aides à l’habitat : la seule porte qui reste, c’est la demande

Dans l’adaptation du logement, le consentement ne vaut rien. Le secteur a rejoint la rénovation énergétique dans le régime le plus strict : l’accord du particulier ne lève pas l’interdiction d’appeler. Seuls le contrat en cours et la réponse à une demande traçable, dans les cinq jours ouvrables, permettent de décrocher.

La règle n’est pas tombée là par hasard. Elle figure dans une loi contre les fraudes aux aides publiques, et MaPrimeRénov’ en a fourni le modèle : une aide qui réduit le reste à charge, devenue argument de vente au téléphone. MaPrimeAdapt’ repose sur la même mécanique, et offre la même prise.

En coupant l’appel à froid, le législateur a déplacé le point de contrôle. Tout se joue désormais avant le téléphone, au moment où naît la demande.

C’est là que je regarderais la fraude se reloger. Si seule une demande ouvre le droit d’appeler, la tentation sera de la fabriquer : simulateurs d’éligibilité, formulaires « vérifiez vos droits », pages qui imitent l’esthétique d’un site public. La fenêtre de cinq jours ajoute une contrainte industrielle. Elle favorise les plateaux capables de rappeler en flux tendu, plus que l’artisan qui répond le soir entre deux chantiers.

Les acteurs sérieux ont pourtant une carte que les autres n’ont pas. Le parcours officiel de MaPrimeAdapt’ commence par un diagnostic et un accompagnement obligatoire. La demande légitime naît donc chez ceux qui conseillent en amont : assistants à maîtrise d’ouvrage, conseillers France Rénov’, ergothérapeutes.

Pour un professionnel de l’adaptation, tout se résume à une position : être sur le chemin de la demande, ou disparaître du téléphone.

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Le téléphone peut-il redevenir un canal de confiance ?

Une loi protège. Elle ne rassure pas, ou pas tout de suite.

Les seniors qui ont cessé de décrocher ignorent que la règle a changé, et les appels non consentis continuent. L’interdiction rend l’appel illicite. Elle ne le bloque pas.

Le retour de la confiance dépend donc d’une information que personne n’a encore portée auprès du public concerné. Les mieux placés pour le faire sont les organismes dont la réputation est assise et qui bénéficient d’une confiance de principe : caisses de retraite, logement collectif senior, certains bailleurs sociaux, pour ne citer qu’eux. Ce sont aussi ceux qui ont le plus à y gagner. Expliquer à un bénéficiaire qu’il peut exiger la preuve de son consentement, c’est lui rendre la main. C’est aussi rouvrir son propre canal.

L’indicateur à suivre existe déjà dans vos outils : le taux de décroché de vos appels sortants non commerciaux. S’il ne bouge pas d’ici l’été prochain, la loi aura protégé sans réparer.

La suite, c’est mon verdict. Ce que ça change pour vous, maintenant. Réservé aux abonnés premium.

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