Longévité

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La bague sur ordonnance

Oura s'allie à Eli Lilly. Withings et Telegrafik jouent la certification. Même enjeu, deux paris.

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Alexandre Faure
juil. 01, 2026
∙ Abonné payant

Oura a annoncé un partenariat avec Eli Lilly — le laboratoire américain qui commercialise Mounjaro et Zepbound, deux des traitements GLP-1 les plus prescrits au monde pour l’obésité et le diabète de type 2.

Lilly a développé LillyDirect, une plateforme santé numérique qui permet aux patients d’accéder directement à leurs traitements, sans passer par une pharmacie traditionnelle.

Le deal est simple : les clients LillyDirect reçoivent un kit d’essayage Oura Ring gratuit. En échange, Oura accède à un pipeline de patients sous GLP-1 — une base captive, motivée, et déjà dans une dynamique de suivi actif de leur santé.

Ce qui rend ce montage intéressant, c’est qu’il ne ressemble pas à un accord de distribution classique. Lilly n’est pas un revendeur. Oura n’est pas un prestataire. Les deux entreprises partagent une dépendance mutuelle autour d’un même patient, unies par des intérêts convergents.

Je souhaitais comprendre la construction de ce montage, modèle de partenariat à forte valeur ajoutée reproductible dans la Silver économie française.

Ce que fait Oura (et ce que ça signifie)

La mécanique du partenariat

Le marché s’appuie sur une fonctionnalité qu’Oura avait lancée quelques semaines plus tôt : GLP-1 Insights.

L’outil croise données manuelles (dosage, effets secondaires, poids) et signaux de l’anneau (sommeil, activité, stress) pour visualiser l’impact du traitement.

Le kit d’essayage proposé via LillyDirect est la porte d’entrée dans cet outil : le patient reçoit l’anneau, l’active, et commence à produire des données qui lui reviennent sous forme de tableau de bord personnalisé.

Etude de marché : les IoT de santé et la Oura Ring

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Alexandre Faure
·
October 15, 2023
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Pourquoi Oura joue cette carte

La base d’utilisateurs Oura raconte une histoire que la marque ne cherche pas à cacher : plus de la moitié de ses membres se déclarent obèses ou en surpoids. Des dizaines de milliers d’entre eux loguent déjà un traitement GLP-1 dans l’application. Le cœur de cible se situe entre 25 et 55 ans, avec une surreprésentation d’actifs urbains, diplômés, à revenus élevés.

Oura ne pivote donc pas vers un nouveau marché. L’entreprise densifie sa proposition de valeur sur un segment qu’elle occupe déjà, tout en ouvrant un canal d’acquisition B2B2C via LillyDirect.

Le kit de sizing gratuit est une porte d’entrée vers l’anneau, puis vers l’abonnement mensuel. Le patient GLP-1 entre dans l’écosystème par une prescription, pas par une publicité.

Le timing n’est pas anodin. Oura a déposé confidentiellement son dossier d’IPO après avoir multiplié par quatre son chiffre d’affaires en deux exercices.

Transformer une base wellness en écosystème de santé, c’est aussi raconter une histoire de croissance aux investisseurs.

GLP-1 : la molécule qui redessine les parcours de soins

De la polémique à l’écosystème

Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’affaire depuis mon article de février 2024, petit rappel. Les agonistes du GLP-1 (sémaglutide, tirzépatide) sont des molécules initialement développées pour le diabète de type 2 qui provoquent une perte de poids spectaculaire. Ozempic, Wegovy, Mounjaro, Zepbound : les noms commerciaux se sont multipliés à mesure que le marché explosait.

La phase 2020-2025 a été celle du Far West : mésusage à des fins esthétiques, tensions d’approvisionnement, détournement de prescriptions diabète pour traiter le surpoids, stylos achetés sur Internet ou à l’étranger. L’ANSM a documenté des complications graves — comas hypoglycémiques, pancréatites aiguës, carences nutritionnelles sévères.

En 2026, le paysage s’est structuré. Wegovy et Mounjaro ont obtenu un avis favorable de la HAS pour l’obésité sévère et sont remboursés à 65% par l’Assurance maladie depuis le 15 juin 2026, dans le cadre d’un parcours de soins global. Aux États-Unis, les programmes d’accès se multiplient, de LillyDirect à Walmart en passant par des plateformes comme Noom ou knownwell.

La fenêtre comportementale

Ricky Bloomfield, directeur médical d’Oura, pose le cadre : les GLP-1 créent une « fenêtre critique pour un changement comportemental significatif ». La perte de poids est rapide, la motivation est élevée. Le risque de rebond à l’arrêt est documenté, et la molécule seule ne modifie pas les habitudes de sommeil, d’activité ou de gestion du stress.

L’anneau entre ici. Il ne prescrit rien, ne diagnostique rien. Il rend visible ce qui se passe pendant le traitement — et donne au patient des données pour comprendre sa propre trajectoire. La molécule ouvre la fenêtre. L’anneau aide à ne pas la refermer.

Cette architecture — un déclencheur clinique qui crée la motivation, un dispositif connecté qui capte les données au moment où elle est au plus haut, une plateforme qui maintient l’engagement — n’est pas une invention d’Oura.

J’avais identifié cette structure dès 2021 en étudiant Humanity, une app de quantified self orientée longévité. Les acteurs de la longevity economy combinent compléments alimentaires, objets connectés et plateformes pour engager, mesurer et fidéliser leurs clients.

En 2024, j’ai décortiqué ce parcours client sur plusieurs care management apps et constaté que la mécanique est rigoureusement la même quel que soit le segment.

Ce que Oura et Lilly ont réalisé, c’est l’industrialisation de ce modèle à l’échelle pharmaceutique. Le GLP-1 remplace le complément alimentaire. La bague remplace l’app mobile. LillyDirect apporte ce que les acteurs du selfcare n’ont jamais réussi à sécuriser : un payeur institutionnel et un prescripteur dans la boucle.

Mais l’enjeu réel de ces dispositifs va plus loin que la résolution du problème. Il est d’ancrer un usage. Le problème est le fait générateur — il crée la motivation, l’attention, la disponibilité au changement.

La période de traitement est une fenêtre d’Overton : l’utilisateur mesure, ajuste, modifie ses routines d’une façon qu’il refusait avant. C’est là qu’on démontre son utilité.

Mais la vraie valeur n’est pas là.

L’anneau prouve sa valeur à long terme : une fois la crise passée et la dose réduite, l’utilisateur n’a plus raison de s’en séparer. La durée d’engagement s’allonge mécaniquement — non parce que le problème persiste, mais parce que l’outil a convaincu qu’il reste utile sans lui. La différence entre un produit centré sur la résolution d’un problème et un produit qui a réussi à ancrer un usage, c’est souvent plusieurs années de rétention supplémentaires.

Cette logique dépasse largement les GLP-1. C’est celle de toute la prévention connectée : accompagner le changement de comportement au moment où la motivation existe. À 40 ans pour perdre du poids, 50 ans pour un traitement métabolique, 65 ans après un accident cardiaque, 80 ans pour préserver son autonomie. Le médicament ou l’événement de santé crée l’ouverture. Le dispositif la prolonge.

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Alexandre Faure
·
October 22, 2025
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La vraie stratégie : changer les règles du jeu réglementaire

L’Oura Ring n’est pas un dispositif médical

Et l’entreprise n’a aucune intention de le devenir au sens classique du terme. L’anneau est classé « general wellness device » aux États-Unis — pas de clearance FDA, pas de marquage médical, pas de prétention diagnostique. Oura le rappelle dans chacune de ses communications.

Mais la réalité est plus subtile. Tom Hale, le CEO, plaide depuis 2025 pour la création d’une troisième catégorie réglementaire : les « digital health screeners ». L’idée : permettre à des wearables non invasifs d’intégrer des fonctionnalités cliniquement utiles (dépistage de l’hypertension, de l’apnée du sommeil) sans passer par le processus complet de certification médicale. Un chemin qui prendrait des années et coûterait des dizaines de millions.

Le lobbying comme stratégie produit

Et ça marche. En janvier 2026, la FDA a révisé sa General Wellness Policy for Low Risk Devices, ouvrant la porte à des wearables estimant la pression artérielle via photopléthysmographie (PPG) dans un cadre wellness, sans clearance médicale. Oura a simultanément obtenu l’approbation d’un comité d’éthique pour valider une fonctionnalité de « blood pressure profile » sur ses utilisateurs — un dépistage du risque d’hypertension intégré à l’anneau, dont la clearance FDA pourrait intervenir fin 2026 ou début 2027.

Le tout financé par 900 millions de dollars levés en 2025 et des relais politiques assumés à Washington. Oura ne passe pas la porte de la réglementation. Elle déplace la porte.

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La Silver Tech française prend le chemin inverse

Withings joue la carte de la certification

Il existe en France un acteur qui partage l’ADN d’Oura — objets connectés, données de santé, prévention — et qui emprunte le chemin stratégique exactement contraire.

Withings, rachetée à Nokia par son fondateur Éric Carreel en 2018, accumule les marquages CE médicaux. L’ECG de la ScanWatch, la détection de l’apnée du sommeil du Sleep Analyzer, les mesures de pression artérielle du BPM Core : chaque fonctionnalité passe par la validation clinique. La Body Scan 2, lancée début juin 2026, mesure plus de 60 biomarqueurs et intègre un marquage CE pour la détection de la fibrillation auriculaire.

Ce positionnement n’est pas un choix par défaut. Carreel formule sa thèse clairement depuis des années : Withings veut s’insérer dans le parcours de soins, pas le contourner. Et pour y entrer, il faut apporter la preuve que les systèmes de santé comprennent — la validation clinique, le dépôt réglementaire, le marquage médical. Sans cela, comme il le dit lui-même, « on ne peut s’adresser qu’aux personnes qui sont en capacité de payer directement ». La certification n’est pas la fin du chemin. C’est le billet d’entrée vers le remboursement.

Ce chemin est plus long et plus coûteux que celui d’Oura.

Withings n’a pas levé 900 millions de dollars.

L’entreprise ne dispose pas des relais pour financer une campagne de lobbying à Washington.

Mais en Europe, le cadre joue en sa faveur : le marquage CE médical est contraignant, mais il est reconnu. Et si la HAS ou l’Assurance maladie décide un jour de rembourser un dispositif connecté de prévention, c’est vers les acteurs certifiés qu’elle se tournera en premier.

Carreel attend ce moment depuis dix ans. Il le formule avec une image : « le jour où l’assurance maladie proposera des alternatives, un boulevard s’ouvrira ».

Telegrafik et le projet France 2030

C’est dans cette logique que s’inscrit l’annonce récente du lauréat France 2030 « Dispositifs médicaux numériques au service des personnes âgées et du bien vieillir ». Telegrafik, entreprise toulousaine spécialisée dans les solutions connectées pour le maintien à domicile (520 sites, 35 000 personnes accompagnées, 12 ans d’expertise), s’associe à Withings, au CHRU de Tours et au CHU de Martinique pour produire des preuves cliniques d’impact.

Cette étude multicentrique cherche à prouver que les solutions connectées Telegrafik prolongent le maintien à domicile, réduisent les hospitalisations et améliorent la coordination des soins. L’implication du Pr Bertrand Fougère, chef du Pôle Vieillissement du CHRU de Tours et président du gérontopôle Centre-Val de Loire, donne au consortium sa caution scientifique.

L’approche est intelligente : produire la preuve clinique avec des fonds publics, dans un cadre institutionnel, avec des partenaires hospitaliers dont la signature valide le résultat. C’est la logique qu’un consortium Silver Tech pourrait aussi activer via un projet Horizon Europe — même démarche, périmètre élargi au marché continental, accès à des financements plus importants et à une reconnaissance qui dépasse les frontières hexagonales.

France 2030 et Horizon ne sont pas des subventions.
Ce sont des accélérateurs de crédibilité.

Même finalité qu’Oura — intégrer un wearable dans un parcours de soins avec un payeur identifié. La mécanique est inversée : Oura déplace le cadre réglementaire, Withings et Telegrafik produisent la preuve dans le cadre existant. Les deux chemins sont praticables. La question n’est pas laquelle choisir — c’est de savoir ce que vous êtes prêts à sacrifier sur l’une ou l’autre.


La suite, c'est mon verdict. Ce que ça change pour vous, maintenant. Réservé aux abonnés premium.

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