La Poste veut devenir le premier opérateur de portage de repas pour seniors : mon analyse
Audition de Philippe Wahl au Sénat | Analyse à 360° du secteur portage de repas | Comment La Poste peut s'y intégrer | Comment ses concurrents peuvent se distinguer
Jamais 2 sans 3 !
Il y a trois ans, en avril 21, j’ai écrit un état des lieux sur la stratégie de La Poste dans la Silver économie. En avril 23, je l’ai actualisé1.
Et figurez-vous qu’en avril 24, l’actualité nous offre une nouvelle opportunité sur un plateau d’argent.
L’actualité de La Poste
La semaine dernière, le PDG de La Poste, Philippe Wahl a été auditionné par la commission des Finances du Sénat à propos de sa stratégie. En effet, même si l’Etat n’est plus l’actionnaire majoritaire2, le groupe bénéficie de compensations financières qui s’élèvent à plus de 800 millions d’euros pour remplir ses quatre missions de service public :
Le service universel postal,
Le transport et la distribution de la presse,
La contribution à l’aménagement du territoire,
L’accessibilité bancaire.
Le seul service universel postal coûte au contribuable 500 millions d’euros pour l’exercice 2023.
Les parlementaires sont donc curieux de comprendre comment l’opérateur utilise cet argent et comment il compte faire évoluer son service en réponse à une diminution massive (et qui n’est pas près de s’arrêter) de son activité historique de distribution du courrier.
Entre 1990 et 2023, la part du courrier dans le CA de La Poste est passée de 70% à 15%.
Selon Philippe Wahl, le salut de La Poste réside dans le portage de repas.
Il déclare :
À quoi ressemblera La Poste en 2035 ? Notre premier métier restera le colis, mais le repas sera la première activité des facteurs. Notre offre de repas est en effet moins chère, décarbonée, valable six jours sur sept. La Poste, demain, sera donc organisée autour de quatre métiers : colis, bancassurance, services de proximité humaine - aller vers, repas, numérique. - Philippe Wahl
Vous avez bien lu ?
Je veux dire, vraiment bien lu ?
Dans ce cas, avez-vous compris comme moi l’intention réelle de Wahl ?
Il ne parle pas uniquement de portage de repas. Il évoque d’abord cette activité, certes. Mais ensuite il parle aussi de services de proximité humaine - aller vers. C’est-à-dire de toute l’offre de services à la personne qui ne sont pas dans le champ du care, mais en amont. Autrement dit, les prestations de lien social d’une part et de facilitation d’autre part.
Par lien social, j’entends : l’accompagnement souvent réalisé par des étudiants que proposent des entreprises comme Allo Louis, Granny & Charlie ou Mamie Boom en France ainsi que Papa aux Etats-Unis3.
Et par facilitation, je pense au care management. Vous savez, cette activité que tous les acteurs de SAP cherchent à développer, mais pour laquelle personne n’a encore trouvé un business model viable4.
L’ambition de La Poste ne se limite pas au portage de repas. Wahl veut transformer ses facteurs en care managers !
Et attention, qu’il parle de portage de repas ou de service de proximité, Wahl ne fait pas référence à Axeo, la filiale de services à la personne rachetée par La Poste en octobre 2016. Il ne fait pas non plus référence au partenariat signé entre la conciergerie “veiller sur mes parents” et l’enseigne de portage de repas Saveurs et Vie.
Non, ce que Monsieur Wahl présente, c’est une activité qui sera réalisée par les facteurs.
En effet, La Poste fait le pari de maintenir dans l’emploi ses 65 000 facteurs même si leur activité historique de distribution du courrier disparaît.
Une ambition courageuse et audacieuse
Pour trois raisons
Parce que si les services publics délégués à La Poste sont financés par le contribuable, ce n’est pas le cas des nouveaux métiers. La Poste doit donc vendre des prestations sur le marché concurrentiel.
Parce que cela va à l’encontre du réflexe habituel de dégraissage des services. Là, nous avons un acteur qui décide de se réinventer tout en tirant parti de son formidable maillage territorial.
Parce que les 65 000 facteurs de La Poste représentent seulement 20% de son effectif. L’entreprise doit en réalité réinventer le métier de tout un groupe et opérer un pivot majeur pour rester compétitive et attractive.
C’est donc une formidable opportunité d’étudier comment une quasi-administration opère un énorme pivot pour rester compétitive et attractive alors que son activité principale est condamnée à disparaître.
Compte tenu des mutations que devraient provoquer dans le monde du travail les trois transitions du siècle (démographique, numérique et climatique), je trouve intéressant que nous disposions, en France, d’un tel modèle.
En outre, compte tenu de son statut particulier, La Poste est amenée à communiquer de façon plus franche que des organismes privés de même taille.
Ainsi, lorsqu’il est auditionné par le Sénat, Philippe Wahl ne se contente pas de servir la soupe à un auditoire conquis et peu loquace. Il doit aussi supporter la contradiction de sénateurs qui vivent, sur leur territoire, l’évolution du modèle postal.
C’est pourquoi je vous recommande de lire ou visionner l’audition de Monsieur Wahl devant le Sénat (si vous avez un peu de temps et que le sujet vous intéresse).
Pour ma part, je vous propose une analyse des enjeux et perspectives au niveau Silver économie qui va occuper 2 parties :
Portage de repas : état des lieux du marché, chiffres clés, opportunités et contraintes
Quelle place La Poste peut-elle occuper dans le portage de repas et par extension, dans la Silver économie ?
Portage de repas : Etat des lieux
J’ai réalisé cette partie à partir de l’étude Xerfi de juillet 2020 intitulée : Portage de Repas, la dynamique du marché à horizon 2023. Depuis, un nouvel opus a été réalisé par Xerfi (voir).
C’est quoi, le portage de repas ?
La proposition de valeur des spécialistes du portage de repas à domicile est de livrer des menus commandés par les bénéficiaires ou les collectivités, en liaison chaude ou froide.
Ce service a également une forte dimension sociale car les livreurs vérifient généralement la consommation des repas précédents ainsi que l'état de santé et le comportement des bénéficiaires.
En cas de situation anormale, le livreur joue un rôle d'alerte auprès de l'entourage et des établissements médico-sociaux.
Ce schéma issu de l’étude Xerfi est explicite :
Un marché historiquement aux mains des acteurs publics et privés à but non lucratif
La concurrence a longtemps été relativement faible dans le secteur de la livraison de repas à domicile, surtout dans les zones isolées où les clients ont rarement le choix entre plusieurs fournisseurs. Cette situation résulte de plusieurs facteurs.
Les acteurs publics et privés à but non lucratif ont historiquement dominé le secteur en raison de l'importance vitale du service qui permet aux personnes âgées de rester autonomes et à domicile.
La grande fragmentation de l'offre rend difficile la comparaison pour les clients qui souhaitent mettre plusieurs fournisseurs en concurrence. Ceci est d'autant plus vrai que ces fournisseurs couvrent des zones de livraison limitées et ne peuvent être comparés qu'avec un petit nombre d'acteurs intervenant dans la même zone.
Les contraintes réglementaires, notamment la procédure d'agrément, limitent l'arrivée de nouveaux acteurs sur un marché où la demande est structurellement en hausse.
Tableau d’ensemble du secteur
Les services de livraison de repas sont encore principalement gérés par des acteurs publics ou privés à but non lucratif dans de nombreux territoires. Par conséquent, le potentiel de croissance est considérable pour les acteurs commerciaux privés cherchant à élargir leur couverture territoriale. Pour atteindre cet objectif, certains réseaux se tournent vers la franchise.
Reposant sur des facteurs structurels solides (vieillissement de la population, augmentation de la population de seniors en perte d'autonomie, etc.), le marché du portage de repas à domicile représente environ 540 M€ en 2023. - Xerfi
Le “virage domiciliaire” soutenu par les pouvoirs publics ainsi que le vieillissement de la population et l’augmentation du nombre de personnes fragiles devraient booster la demande, même si le service ne s’adresse ni uniquement aux seniors, ni uniquement aux personnes dépendantes.
Dynamique, le secteur pourrait tirer parti de ces opportunités conjoncturelles en activant trois moteurs de croissance.
Les personnes âgées ne recourent généralement au service de portage que pour une partie de leurs repas (utilisation des repas livrés sur plusieurs repas, recours à d’autres solutions, etc.), une caractéristique soulignée notamment par l’enquête CLCV et par les professionnels du secteur. Mais les situations peuvent être très diverses, ce qui peut faire varier fortement les estimations sur ce critère. En nous basant sur différentes enquêtes et les entretiens menés auprès de professionnels, nous proposons une hypothèse «moyenne» correspondant à 5 repas par semaine, soit 240 à 260 repas par an. - Xerfi
Premier moteur de croissance : l’expansion géographique
Compte tenu des faibles perspectives de revalorisations tarifaires, la course aux bénéficiaires reste de mise pour les entreprises privées de portage de repas à domicile. Elles poursuivent ainsi leur stratégie d’expansion géographique afin de couvrir une population toujours plus large.
Second moteur de croissance : se rapprocher des collectivités publiques
Un autre levier utilisé pour augmenter les commandes de repas est le renforcement des liens avec les prescripteurs qui orientent les personnes en perte d'autonomie vers les prestataires de services (hôpitaux, généralistes des SAP, structures de maintien à domicile, etc.), ainsi qu'avec les collectivités qui peuvent déléguer le service de portage de repas sur leur territoire. Dans les deux cas, la crise a pu renforcer la position des sociétés qui se sont rapidement adaptées pour surmonter cette période difficile.
De nombreux Centres Communaux d'Action Sociale (CCAS) et établissements médico-sociaux ont largement fait appel aux spécialistes du portage de repas pour anticiper l'augmentation de la demande de soins à domicile pendant le confinement.
Arrivée sur le marché fin 2017, La Poste a fait ses preuves pendant le confinement de 2020 en assurant la continuité de son offre de portage de repas pour les bénéficiaires "pré-Covid-19" et en gérant l'augmentation des commandes pendant cette période, grâce - notamment - à un partenariat avec Saveurs & Vie. Post-Covid, ce partenariat s’est prolongé par le rattachement de Saveurs & Vie au bouquet de services “Veiller sur mes parents”. - Xerfi
La reconnaissance des compétences et la qualité du service offert par les sociétés de livraison de repas sont essentielles pour maintenir leurs relations avec leurs partenaires commerciaux et défendre leur position sur le marché. Par exemple, de nombreuses collectivités, insatisfaites de la qualité du service de portage de repas du groupe Elior (retours négatifs des bénéficiaires, manque de flexibilité dans la composition des menus et des conditions de livraison), ont choisi de ne pas renouveler les contrats remportés par ce dernier au cours des cinq dernières années.
De plus, l'entourage des bénéficiaires joue un rôle crucial dans le choix du prestataire lors de la mise en place d'un service de livraison de repas. Les professionnels du secteur ont donc intérêt à entretenir de bonnes relations avec ce public pour gagner de nouveaux contrats. À cet égard, certains réseaux comme Adhap Services ont créé des espaces en ligne dédiés aux membres de l'entourage pour les aider à organiser et à suivre la prise en charge de leurs proches.
Troisième moteur de croissance : fidéliser les clients
La course pour attirer les premiers utilisateurs reste essentielle pour réaliser des économies d'échelle et améliorer la rentabilité du service. Toutefois, une deuxième bataille se forme : fidéliser les clients après leurs premières livraisons.
C'est un objectif crucial pour accélérer la notoriété. Cette fidélisation permet de recueillir des témoignages qui construiront la réputation des professionnels, pérenniseront les nouvelles agences et rentabiliseront les tournées mises en place.
Dans cette optique, les professionnels concentrent leurs efforts sur l'amélioration de l'expérience client. Si les clients sont satisfaits de la qualité des repas et de la livraison, ils seront plus enclins à prolonger leur abonnement et à augmenter le nombre de repas et d'articles commandés.
Quelques ombres viennent toutefois noircir ce tableau.
Les ombres au tableau
Comme toutes les activités de service à la personne, le portage de repas est soumis à de fortes pressions tarifaires. Ces pressions sont alimentées par l'homogénéité élevée des offres et la faible disposition à payer des seniors. En conséquence, les sociétés de portage de repas ont tendance à aligner leurs tarifs sur les montants des aides versées aux personnes âgées pour éviter une charge trop élevée.
Le prix moyen des repas
Xerfi évalue le prix moyen d’un repas livré à 9 € par repas livré. C’est un montant cité par plusieurs enquêtes. Cette donnée a également été corroborée par un audit de l’offre des principaux opérateurs et les entretiens réalisés. À noter que les prix pratiqués par les entreprises privées sont généralement supérieurs à ceux des structures publiques (CCAS) et des associations (de l’ordre de 10 € à 12 € en moyenne pour les structures privées commerciales contre moins de 9 € en moyenne pour les autres structures de portage de repas).
Le rapport ne précise pas s’il s’agit d’un prix avant ou après crédit d’impôt, mais vous conviendrez que c’est un montant assez faible, qui n’offre pas une marge énorme à l’opérateur. A l’instar des autres prestations comprises dans le champ des services à la personne, les opérateurs sont donc prisonniers d’un prix-marché discount sur lequel ils sont condamnés à s’aligner.
Pourquoi ce prix si bas ?
Or, si ce prix est bas, c’est en raison de la nature sociale de ce service qui n’est pas perçu comme une offre de confort, de convivialité ou de plaisir, mais comme un service social, un dû, une prestation qui doit permettre à la personne âgée dépendante de survivre avec l’aide de la collectivité car elle ne peut plus le faire sans assistance. Il s’agit donc d’un service public minimum dont la valeur perçue est ultra basse.
Comment ils s’en sortent ?
Gardons cependant à l’esprit l’enjeu de fidélisation : un service de portage vise la fidélisation de sa clientèle. A la différence d’un traiteur ou d’un restaurateur qui propose de la livraison à domicile, le service de portage de repas peut miser - selon Xerfi - sur 250 livraisons par an s’il fidélise son client. Son calcul ne va donc pas reposer sur une prestation unique, mais sur un panier de 2500 à 3000 euros pour un client sur une année.
En outre, de nombreux acteurs de l’écosystème ont développé une gamme de services complémentaires et comptent donc sur l’upsell pour accroitre leur panier moyen et renforcer la fidélité de leurs clients.
La concurrence qui n’arrange rien
L'arrivée de potentiels nouveaux entrants devrait renforcer les pressions sur les prix à moyen terme.
En plus des dizaines de réseaux privés et de nombreuses associations œuvrant au domicile, le marché est également investi par :
Des groupes privés issus de la dépendance en établissement, désireux de capter les flux pour leurs maisons de retraite et de couvrir l'ensemble du parcours de vie des personnes âgées avec le développement des prises en charge "hors les murs". DomusVi, Orpea, Colisée et Korian, très engagés dans ce domaine, ont déjà leurs propres réseaux d'aide à domicile qui proposent des prestations de portage ou d'aide à la préparation des repas ;
Les géants de l'hospitalisation privée qui accélèrent le turnover de leurs patients en court séjour grâce à l'ambulatoire. Par exemple, Ramsay Santé (environ 130 établissements en France) dispose d'un portail, Ramsay Services, qui offre à ses patients un ensemble de prestations (dont le portage de repas) pour préparer leur admission et leur sortie d'hospitalisation.
Grâce à leur connaissance approfondie des régimes alimentaires pour seniors et à la capacité élevée de leurs cuisines centrales, les gestionnaires d'établissements sont bien placés pour répondre à la demande de livraison de repas à domicile. Loin d'être une menace, leurs initiatives peuvent représenter une belle opportunité pour les spécialistes de la livraison de repas d'obtenir de nouveaux contrats, en particulier lorsque ces gestionnaires décident d'externaliser ce service. - Xerfi
La rivalité concurrentielle accroit la pression sur le prix
Les inaugurations d'agences par des réseaux sous enseigne, comme Les Menus Services ou Coviva, ont été particulièrement nombreuses dans les zones urbaines, zones de prédilection des réseaux privés.
Parfois, elles ont même surpassé les nouvelles demandes de prise en charge.
Cependant, le niveau élevé d'homogénéité des offres et la faible disposition à payer des seniors maintiennent la pression sur les prix. En conséquence, les sociétés de portage de repas ont tendance à aligner leurs tarifs sur les aides pour éviter de laisser un reste à charge.
La compétition entre les différents acteurs du marché du portage de repas à domicile est susceptible de s'intensifier en raison de l'arrivée de nouveaux entrants et du développement de substituts.
Les puissants moteurs structurels de la croissance de la demande rendent le marché très attractif pour des acteurs positionnés en amont ou en aval de la livraison de repas (maintien à domicile, industrie agroalimentaire, etc.) ainsi que pour les activités connexes (livraison de repas en entreprise, par exemple). - Xerfi
Comment tirer son épingle du jeu concurrentiel
Certes les gros faiseurs disposent d’infrastructures qui permettent de diminuer les coûts fixes, mais si le client juge la prestation sur la qualité de l’assiette et du service, ce n’est pas nécessairement l’offre de la cuisine centrale, ni la livraison la moins chère qui feront la différence pour lui.
Si les acteurs privés comme Les Menus Services ou Saveur & Vie tirent leur épingle du jeu sur ce marché concurrentiel, c’est en développant un service qui s’adapte à sa demande et ravit les papilles. Un service avec lequel La Poste ne pourra pas rivaliser, attendu que ce n’est pas son métier.
La place de La Poste dans la Silver économie
Même en formant ses facteurs à la livraison alimentaire, La Poste devra s’appuyer sur une cuisine centrale pour la conception des plats. Et donc, je pense que son service va principalement s’adresser aux CCAS et venir en suppléance du service assuré par certaines municipalités.
D’ailleurs, Monsieur Wahl le dit sans détour dans son audition. Questionné par un sénateur sur l’opportunité de préserver un service postal universel ouvert 6 jours sur 7 (au lieu de 5 sur 7 en Italie), le directeur justifie sa stratégie comme suit :
(…) la réussite de notre pari stratégique, celui de la diversification, qui sera gagné ou non en 2030, repose sur un réseau d'hommes et de femmes, 65 000 facteurs, restant au service du pays même quand les lettres auront disparu. Nous sommes en train de gagner ce pari grâce aux colis et aux repas, mais, si nous passons à cinq jours sur sept, la promesse faite à l'Unccas du pain quotidien distribué par le facteur ne sera pas tenue. - Philippe Wahl
La formule “du pain quotidien distribué par le facteur” est assez marquante, mais je la trouve cependant très péremptoire. Parce que cela revient à confier au facteur un rôle impératif dans le parcours résidentiel. Mais aussi à considérer les citoyens âgés vivant à domicile comme des légumes grabataires qui dépendent du facteur pour s’alimenter.
Cette dernière citation situe la place que Philippe Wahl veut assigner à ses facteurs dans la Silver économie.
La place de La Poste dans le maintien à domicile
Sur le dessin ci-dessous, vous pouvez suivre le schéma de flux du portage de repas selon qu’il est organisé par une entreprise privée ou un CCAS / Municipalité.
La Poste devrait intervenir dans la verticale CCAS sur les étapes de livraison et éventuellement d’assemblage.
Elle apportera donc une solution aux municipalités qui doivent organiser ce service elles-mêmes.
Et elle représentera une menace concurrentielle pour les associations qui réalisent ce service ainsi que pour les opérateurs privés qui bénéficient d’une délégation de la part du CCAS ou de la Mairie pour assurer le service.
Cependant, comme nous l’avons vu dans la première partie, l’avantage concurrentiel de l’opérateur privé repose sur la qualité du service global, livraison comprise. C’est pourquoi il doit beaucoup miser sur la qualité de sa livraison, car c’est le point névralgique de sa prestation.
L’enjeu de la livraison
Dans ce schéma, la livraison doit être prise très au sérieux, car c’est le seul point de contact physique avec le client. C’est donc le moment clé de la relation commerciale. Celui où le client pourra vraiment apprécier la qualité du service. Celui où il pourra donner du feedback. Celui où le vendeur pourra faire de l’upsell.
Certes, vous ne pourrez obtenir la satisfaction d’un client si votre bouffe est nulle, mais la qualité de votre livraison et de la personne qui s’en charge peut vraiment faire une grosse différence en termes de satisfaction client.
Tenez compte de votre propre expérience de consommateur quand vous avez affaire à un excellent vendeur - interlocuteur versus quand vous êtes confronté à un tâcheron. Essayez de vous remémorer la dernière fois où c’est arrivé…
Vous le savez. Ne niez pas ! Vous savez la différence que peut faire un bon interlocuteur dans un processus de vente ou de gestion de la relation client. Vous l’avez sûrement vécu comme consommateur et probablement en tant que manager.
Et donc, vous comprendrez aisément que, pour le portage de repas, l’enjeu du “last mile delivery” n’est pas seulement une question de véhicule, de réseau et de prix. C’est avant tout une question de formation, de marque, de valeur et de qualité de votre personnel.
Cela l’est d’autant plus dans un secteur où les moteurs de croissance sont l’upsell et la fidélisation client.
Et donc, qui que vous soyez, quels que soient vos motivations, si vous songez à confier cette étape essentielle de votre service à un sous-traitant, vous devez vous assurer que vous sollicitez le top du top. Un sous-traitant qui va tirer votre prestation vers le haut.
Ce qui n’est hélas pas la première qualité des facteurs, selon leurs clients…
Je n’ai pas trouvé de baromètre ou d’étude officielle, alors je me suis rabattu sur deux sites officiels d’avis client et les résultats sont… quelque part entre déplorables et affligeants.
La qualité de La Poste
Si La Poste espère tirer son épingle du jeu sur la livraison, elle a un gros, un énorme travail à faire sur la qualité de sa prestation. Car si elle gère les repas comme le courrier….hum.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce service postal fait l’unanimité… contre lui. Je comprends que Monsieur Wahl ait hâte de diversifier les compétences de ses facteurs, mais s’il ne fait pas un petit effort sur la qualité de service, est-ce que ça va fonctionner ?
Si vous souhaitez agrémenter ces notes avec quelques verbatim, je vous ai fait un petit florilège d’avis pourris en annexe5.
Et donc, La Poste ?
Si je lis entre les lignes les déclarations de Philippe Wahl, si j’analyse les positions que La Poste occupe déjà et si je constate qu’elle ne fait pas d’efforts pour améliorer la qualité de son service (ou que ses efforts n’ont pas d’impact, pour des raisons diverses) j’imagine que la stratégie de La Poste dans la Silver économie sera de proposer un service de portage minimum pour suppléer les CCAS.
Bon, en fait je l’ai déjà imaginé plus haut dans le raisonnement, mais ce point sur la qualité du service vient corroborer mon intuition, vous me suivez ?
Ce service sera vendu à travers des appels à projets et des marchés publics sur lesquels La Poste pourra remporter la mise grâce à une réponse tarifaire ultra compétitive (dixit Wahl). Ce sera donc la réponse ad hoc pour des opérateurs dont la seule variable d’ajustement est le prix. Et le service donnera “satisfaction” à des bénéficiaires qui n’en attendent rien (attendu que c’est gratuit) et à des clients (les mairies) qui ne jugeront le service qu’à travers le prix de la prestation (du moins jusqu’aux prochaines élections).
Les opérateurs menacés sont donc ceux qui se placent sur le même marché avec les mêmes critères. Les opérateurs qui sauveront leur position sont ceux qui développent un service reposant sur autre chose que le prix…. Ainsi, bien sûr, que ceux qui vendent en B2C !
Pour terminer mon analyse, j’aimerais me pencher sur un dernier point, c’est la concurrence que ce nouveau service pourrait faire à une autre offre de La Poste à destination des seniors, le bouquet rassemblé dans “Veiller sur mes parents.”
Concurrence entre La Poste et “Veiller Sur Mes Parents”
Pour rappel, “Veiller sur mes parents” est le nom d’un bouquet de services commercialisé par La Poste à destination des proches aidants. Il propose un service de téléassistance, un portage de repas opéré par Saveurs & Vie, un service de vacances opéré par l’ANCV ainsi que le service de veille à proprement parler : le facteur passe prendre des nouvelles et informe l’aidant que tout va bien.
Ce service n’est pas évoqué dans l’audition de Philippe Wahl, pas plus que les structures acquises par La Poste (Axeo) qui pourraient, d’une façon ou d’une autre, être concurrencées par l’activité de portage de repas opérée par les facteurs.
J’en déduis que ce service ne cible pas les mêmes clients, ce qui me conforte dans l’idée évoquée dans le paragraphe précédent.
Il y a bien d’un côté un service public opéré auprès des CCAS par les facteurs et de l’autre un service B2C commercialisé auprès des particuliers.
Aller plus loin
📖 Cet article fait partie du dossier Consolidation de groupes dans le secteur du grand âge
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Le nouveau pari de La Poste : la Silver économie
C’est le bouquet ! 💐 Au Salon des Seniors de Paris, la semaine dernière, La Poste a annoncé l’élargissement de son bouquet de services à l’univers du Silver Tourisme avec l’intégration de l’ANCV et de la structure dédiée aux voyages aidant - aidé Manureva Répit.
actionnariat : Caisse des Dépôts 66% - Etat 34%
Papa est un service d’accompagnement, de rupture de l’isolement et de prévention commercialisé par une start-up sur un business model de financement par les complémentaires santé via le programme Medicare. J’en ai réalisé de nombreuses analyses. Pour bien commencer, vous pouvez lire celle-ci :
Il vaut mieux être le seul que le meilleur🤴🏽👸🏽
Je vous explique sur quoi repose la réussite de la start-up américaine Papa.
Je vous recommande ma dernière analyse pour bien cerner ce qu’est le care management :
Le care management de A à Z 😃
Bien qu’une majorité de citoyens désirent vivre dans leur maison le plus longtemps possible, l’organisation de l’aide à domicile n’est ni optimale ni efficiente. Des organismes ont donc inventé un service pour aider les citoyens à démêler l’écheveau.
“impossible d'envoyer un recommandé en ligne. encore un service "public" , qui fonctionne mal . trop de fonctionnaires inutiles ou non chalants qui freinent au developpement de ce boulet qui garde son monopole. inadmissible en 2024 dans un pays en décroissance !”
“Heureusement, la poste n'a plus de monopole. Le service client, que vous pouvez joindre au 3639, est inexistant et inefficace. J'ai passé quatre mois à envoyer du courrier et à faire des appels pour fermer un compte suite au décès de ma maman. C'est lamentable.”
“Bonjour j ai pris la prestation envoi d un colis depuis la boîte aux lettres. La poste m a dit de déposer le colis le vendredi avant 08h00 afin de le récupérer. Je l’ai déposé dans ma boîte aux lettres le jeudi à 17h30. J’ai reçu un e-mail en me disant que le colis n’avait pas été récupéré car il était manquant dans la boîte aux lettres. J’ai refait une demande, afin qu’il puisse récupérer le colis et depuis le lundi aucune nouvelle mais le colis est toujours dans la boîte aux lettres. Je déconseille fortement cette prestation. J’essaye de contacter le service client Clients et bien sûr impossible nul zéro.”
“Deuxième colis non livré et pas de nouvelles du premier, le deuxième rencontre un problème. "Colissimo, le chois d'une livraison plus responsable et réussie" publicité mensongère non mais quelle honte !!!”
“Avis de passage pour un colis, cet avis stipule que je peux me rendre sur le site de la poste, et que j’ai jusqu’à minuit pour faire rediriger ou redistribuer mon colis. Problème j’ai essayé toute une partie de l’après-midi et jusqu’à 22h toujours la même réponse en rouge, “momentanément indisponible, veuillez réessayer plus tard”
“Le colis étant au nom de ma femme, je rends ce matin au bureau de poste d’ailly sur noye, avec une procuration et surprise, la guichetière m’annonce que ma procuration est passé de date, et refuse de me donner le colis ( une paire de chaussures) . Bravo la poste, votre site est nul, ça ne fonctionne pas et le personnel d’ailly ne fait aucun effort pour être agréable. Pour mes prochaines livraisons, je vais privilégier les points relais, beaucoup plus efficace.”
“J’attendais un colis qui déjà avait du retard. Le livreur ne prends même pas la peine de sonner à l’interphone de plus la personne fut désagréable et cela fait la troisième fois en 1 mois que j’ai un problème sur la livraison.”
“Colis non livré, mais pour la poste, c'est livré! Quelle mauvaise foi! Quelle honte! Service client déplorable.”








