Le 11 août 2026, XPRIZE a annoncé les 20 équipes finalistes de son concours Healthspan, doté de 101 millions de dollars sur sept ans. Dix d’entre elles touchent en plus un million de dollars au titre du second jalon. Vingt équipes, sur plus de 600 candidatures venues de 58 pays au lancement du concours. Le filtre a déjà éliminé 97% du champ de départ, et il est encore loin d’être terminé.
Ce que ces vingt équipes doivent désormais prouver tient en une phrase, mais elle est redoutable. D’ici 2029, dans un essai clinique contrôlé d’un an maximum, chez des adultes de 50 à 90 ans, elles doivent restaurer en même temps trois fonctions, musculaire, cognitive et immunitaire, pour un gain équivalant à au moins dix ans de déclin lié à l’âge. Vingt ans, si elles visent le sommet. Pas une amélioration sur un seul front. Les trois à la fois, ou rien.
Le calendrier tient en une ligne. Lancé à Riyad le 29 novembre 2023, le concours s’achèvera en 2030 avec un grand prix pouvant atteindre 81 millions de dollars pour la meilleure démonstration.
Hevolution, l’argent saoudien derrière les 101 millions
L’argent derrière ce concours vient d’un seul endroit, ou presque. Hevolution Foundation, fondation à but non lucratif financée par l’État saoudien et présidée par le prince héritier Mohammed ben Salmane, a mis 40 millions de dollars sur la table comme “contribution d’ancrage” au lancement. Je vous en parlais déjà en 2023, avant même que le lien avec XPRIZE n’existe. Chip Wilson, le fondateur de Lululemon, en a ajouté 26 millions pour le programme principal, plus 10 millions séparés pour la piste bonus consacrée à la dystrophie musculaire FSHD, une maladie dont il est lui-même atteint. Seize autres donateurs, dont Peter Diamandis en personne, ont complété l’enveloppe sans dévoiler leurs montants. Total annoncé au lancement, 141 millions de dollars, pour une dotation de prix de 101 millions.
Hevolution ne s’arrête pas à XPRIZE. Le même jour, la fondation a annoncé 21 millions de dollars pour le Buck Institute, 16 millions pour l’American Federation for Aging Research, 5 millions pour des bourses postdoctorales en Arabie saoudite. Elle vise un budget annuel pouvant atteindre un milliard de dollars, indéfiniment. XPRIZE n’est donc qu’une ligne parmi d’autres dans un effort de financement bien plus large. Mais c’est la seule qui ne verse pas d’argent contre un protocole de recherche. Elle verse contre un résultat.
Payer sur preuve, pas sur promesse
La différence tient en une mécanique simple, mais elle change tout pour un laboratoire. Une subvention de recherche, publique ou philanthropique, s’évalue avant. Un comité de pairs juge la qualité du protocole, l’expertise de l’équipe, la vraisemblance de l’hypothèse, puis débloque l’argent pour financer le travail. Le programme phare de Hevolution elle-même, Geroscience Research Opportunities, doté de 115 millions de dollars sur cinq ans, fonctionne sur ce modèle. Il finance la recherche préclinique et translationnelle. Il exclut explicitement l’essai clinique humain de son périmètre.
XPRIZE inverse la logique. L’argent n’est versé qu’après la preuve, dans un essai clinique prospectif et contrôlé, audité par une infrastructure centralisée : le Data Coordinating Center de l’université de l’Utah pour les données, le Stein Institute for Research on Aging de UC San Diego pour les biomarqueurs et la biobanque. Personne ne touche le grand prix sur la base d’un protocole prometteur. Il faut d’abord la mesurer, la fonction restaurée, chez des humains, face à un groupe contrôle. C’est un mécanisme “pay for success”. L’argent récompense un résultat vérifié, pas une promesse de recherche.
Aux États-Unis, le financement fédéral suit une troisième logique, plus lente encore. Sur les crédits 2024 du National Institute on Aging, plus de la moitié va à la neuroscience, contre moins de 10% pour la biologie fondamentale du vieillissement elle-même, celle que XPRIZE cherche justement à faire progresser. Ce n’est ni le format de la subvention philanthropique ni celui du concours. Un cycle continu, sur appel à projets évalué par les pairs, sans échéance de résultat final, et sans mandat spécifique pour financer les essais cliniques sur des candidats géroprotecteurs.
Trois logiques, donc, pour un même problème : faire avancer une science où la preuve humaine reste le principal obstacle. XPRIZE occupe la case que ni la subvention classique ni le financement public ne remplissent.
Quatre profils de candidats, une seule ligne d’arrivée
Le panel des 40 équipes de mai 2025 et des 20 finalistes d’août 2026 dessine une typologie assez nette. Quatre profils de porteurs de projets s’en dégagent, et ils ne jouent pas dans la même cour.
Les start-up biotech d’abord, financées par du capital-risque, qui développent une molécule propriétaire. AgelessRx, Minicircle, Longeveron en font partie. Les consortiums universitaires ensuite, laboratoire académique associé à une entité industrielle ou une fondation, comme Goda Lab (universités de Tokyo et Tohoku) ou Johns Hopkins-Suninflam. Les institutions hospitalo-universitaires publiques, avec des cohortes de patients réels et une infrastructure de soins déjà en place, catégorie où se trouvent les deux seules équipes françaises du concours. Et les réseaux nationaux de recherche, comme le Japan Longevity Consortium, qui regroupent plusieurs centres à l’échelle d’un pays.
Le règlement du concours autorise cette diversité sans réserve. Sont éligibles les institutions d’enseignement publiques ou privées, les organismes gouvernementaux, les associations à but non lucratif et les organisations à but lucratif, de l’entrepreneur individuel à la grande entreprise. D’où la coexistence, dans un même palmarès, d’un laboratoire universitaire public et d’une start-up soutenue par du capital-risque.
Même diversité côté solutions. Médicaments, nouvelles molécules ou repositionnement d’un traitement existant. Produits biologiques, anticorps monoclonaux, immunomodulateurs. Interventions de mode de vie, dispositifs, stratégies intégrées combinant plusieurs approches. Une seule contrainte commune, à mesure que le concours avance : les études précliniques, les observations en population ou la recherche in silico suffisent pour être qualifié, mais l’essai clinique chez l’humain devient obligatoire pour atteindre la demi-finale, puis la finale.
Toulouse et Nice, deux dossiers, deux pistes
Deux entités françaises apparaissent dans les documents officiels du concours, à des stades différents et sur des pistes différentes.
IHU HealthAge de Toulouse intègre le Top 40 lors du premier jalon, le 12 mai 2025, avec 250 000 dollars à la clé. Elle ne figure pas parmi les 20 finalistes annoncés le 11 août 2026. Un dossier à part entière, avec sa propre logique de repositionnement, que je traite dans un second article dédié.
Le SNPM du CHU de Nice, lui, figure parmi les huit finalistes de la piste bonus FSHD, annoncée le même jour que les vingt finalistes Healthspan. Une piste distincte, dotée de 10 millions de dollars supplémentaires, consacrée à une seule maladie neuromusculaire génétiquement définie plutôt qu’au vieillissement en général, avec un cahier des charges plus étroit : restaurer une fonction musculaire perdue chez des patients porteurs d’une confirmation génétique de la maladie. Deux logiques de candidature, deux stades d’avancement, une seule université-hôpital publique française qui atteint la ligne d’arrivée du concours.
Le tri n’est pas fini
Trois pour cent des candidatures de départ survivent au premier tri, celui du dossier et de la preuve préclinique. Il en reste un, encore plus sévère, celui de l’essai clinique chez l’humain, sur lequel aucune des vingt équipes n’a de résultat public à ce stade. Le grand prix, en 2030, se jouera peut-être à une seule équipe. Peut-être à aucune.
Rien dans le calendrier du concours ne garantit qu’une des vingt équipes restaurera dix ans de fonction musculaire, cognitive et immunitaire en même temps, chez des humains, en moins d’un an d’essai. XPRIZE a construit un filtre redoutablement efficace pour éliminer les candidatures faibles. Il n’a pas encore prouvé qu’il produirait un vainqueur.
Ce que le concours aura de toute façon changé d’ici 2030, c’est le volume de preuves cliniques humaines sur des interventions géroprotectrices, financées par un argent qui n’existerait pas sans lui. Vingt essais contrôlés, financés en dehors des circuits publics classiques. Que XPRIZE couronne un vainqueur ou non, cette donnée-là restera.
La question de fond, elle, reste entière. Tant que le vieillissement n’est pas reconnu comme une cible thérapeutique légitime au même titre qu’une maladie, ce genre de mécanisme, argent privé, philanthropie, prix pay-for-success, restera l’un des seuls chemins vers la preuve clinique pour toute une classe de recherche.
XPRIZE ne referme pas ce débat. Il en est la conséquence.

